Le journaliste Ugo Rankl, dans son livre Patrice Alègre : l’homme qui tuait les femmes, paru en 2004 aux éditions Nicolas Philippe, donne un éclairage intéressant sur l’essor de la prostitution dans le quartier de la gare Matabiau, à Toulouse, durant les années 80-90. On lit pages 101 à 103 :

« Avec l’expansion économique, une nouvelle clientèle s’intéresse aux filles de Toulouse. Au début des années quatre-vingt-dix, les premiers clients à 5 000 ou 8 000 francs la nuit apparaissent. Ces hommes ont souvent des postes importants dans les industries de pointe, dans l’aéronautique et l’aérospatiale.

« Maryse, une ancienne prostituée, a bien connu cette époque. Elle raconte que cette nouvelle clientèle avait des goûts spéciaux. « Ça n’était pas forcément violent, mais souvent très dégradant pour les filles ». Et ces hommes sont prêts à payer le prix pour être satisfaits. Rien n’aurait été plus gênant pour la personne concernée, pour son entreprise et pour la ville de Toulouse, que l’interpellation d’un cadre dirigeant pendant qu’il aurait eu recours aux services d’une prostituée. La consigne pour les flics est donc de s’intéresser aux « vrais » délinquants, et d’oublier les cadres qui ont besoin de se détendre et les filles qui les y aident.

En outre, l’émergence d’un quartier entièrement dévolu à la prostitution n’est pas forcément mal vue par le pouvoir municipal et la hiérarchie policière. Toulouse, capitale européenne de l’aéronautique, n’a aucune raison de se priver des avantages multiples que représente pour une métropole un secteur où l’on vend du sexe sous toutes ses formes. Londres a Soho, Amsterdam ses vitrines, Paris la rue Saint-Denis, Gênes, Munich et même Berlin ont leurs rues chaudes. Pourquoi pas Toulouse, pourvu que le marché du sexe entre adultes ne se confonde pas avec celui des stupéfiants. Un quartier chaud, parce qu’il grouille d’indics, parce que les pervers à surveiller y sont attirés comme des papillons vers la lumière, est une aubaine pour les policiers.

« La période 1987-1997 est donc l’âge d’or des proxénètes toulousains. Ils n’ont rien à craindre de la police, pourvu qu’ils ne touchent pas trop ouvertement à la drogue et qu’ils tabassent les filles avec un minimum de discrétion.

« Les assassins non plus n’ont pas grand-chose à redouter des policiers du GRC. Le taux d’élucidation des affaires à Toulouse est l’un des plus mauvais de France. À l’arrivée du commissaire Dreuilhe en 1990, un tueur qui avait la Sûreté toulousaine aux trousses avait plus de neuf chances sur dix d’échapper à la Justice. Cette bien piètre performance sera petit à petit améliorée. Mais en 1997, huit affaires d’homicides sur dix n’aboutissent toujours pas à l’arrestation d’un meurtrier. »

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