Quand Labarrère qualifiait Baudis de démon
Publié le 3 juin 2009 dans Affaire Baudis-Alègre, À lire également | Aucun commentaire »
On se souvient qu’à partir de l’année 2003, Dominique Baudis et André Labarrère, ancien maire de Pau, ont fait conjointement l’objet de graves accusations dans le cadre de l’affaire Alègre. Or, bien avant la tourmente, en 1987 très exactement, André Labarrère avait publié aux éditions Ramsay, sous le titre de Votre Écriture, messieurs, un ouvrage qui renfermait une série de « portraits graphologiques » assez révélateurs sur une cinquantaine de personnalités politiques de premier plan de l’époque. C’est ainsi qu’entre des études sur Raymond Barre et Pierre Bérégovoy, figurait un chapitre sur un homme qui, quoique appartenant à un parti politique opposé, était un proche avec lequel il entretenait des relations amicales et personnelles : Dominique Baudis. Le maire de Pau, franc-maçon déclaré et passionné de sorcellerie, comme en atteste sa suite romanesque composée du Bal des célibataires et du Baron rouge, connaissait à coup sûr le fond ésotérique des termes qu’il avait consacrés à Baudis, et à lui seul. Voici l’intégralité du chapitre en question. C’est moi qui ai mis certains passages en gras.
« Écriture fascinante par ses arêtes, sa structure de cathédrale gothique. Une personnalité difficile, énigmatique, portant, tour à tour, tous les masques du carnaval de Venise. Une ambiance close. Une énergie farouche pour se protéger des autres. Une superbe indépendance dont Dominique Baudis finit par faire profession dans tous les domaines. Il ne s’estime appartenir à personne sinon à son destin.
« Une série impressionnante de barrières, de mâchicoulis empêchent de pénétrer dans l’enceinte de la vie privée. Malheur à qui s’y faufile sans y être invité. Dominique Baudis, connu pour l’amabilité de sa présentation, son sourire, possède une écriture exactement à l’opposé. Il apparaît que le véritable Baudis est fermé, impossible à cerner. Un homme d’ambition forte mais qui, dans le privé, s’abandonne aux doutes. L’écriture descendante exprime la fatigue, une véritable déprime que l’on essaie de compenser par une signature montante. La mélancolie a fait son royaume du maire de Toulouse. Des souvenirs de temps heureux semblent s’accrocher à cet homme jeune et le précipiter dans la nostalgie du bonheur perdu. Une tristesse enveloppante qui peut être due également aux soucis de sa charge. Un fardeau qu’il a du mal à porter mais qu’il doit faire semblant de supporter comme s’il avait la légèreté d’un sac de plumes. Farouche dans son désir d’être à la hauteur de son rôle, il va mettre toute son énergie dans ce qui est devenu un combat permanent pour se glisser habilement dans ses fonctions politiques en venant d’un milieu totalement différent. L’image qui vient à l’esprit est celle d’un arc bandé vers la réussite.
« Vivant souvent de façon précipitée, Dominique Baudis a rarement l’esprit en repos. Il peut, par manque de temps ou d’habitude, faire des erreurs, oublier certaines obligations. Préoccupé par les difficultés de sa fonction, il est habité parfois par le désir de détente, la fraîcheur d’une soirée dont la principale vertu serait de n’avoir rien à faire. Las, les temps ne sont pas propices pour dételer. Moderne Atlas, il doit sans cesse porter le monde toulousain sur ses épaules pour être à la hauteur et s’y maintenir. La graphie torturée en devient pathétique. Happé par l’obsession du quotidien, il n’a plus une minute à lui. Il fait face, au prix de grands efforts. Aucune fantaisie n’arrive plus à iriser cette personnalité qui n’a rien à voir avec les bulles de savon, comme auraient pu le faire croire les apparences.
« D’une sensualité exceptionnelle, Dominique Baudis tente toutes les expériences pour essayer de vivre pleinement malgré le carcan imposé par la vie publique. Être passionné dont la sensibilité éclate en mouvements d’humeur en regrets, en colères, il ne faut pas lui manquer. Il adore naviguer à vue sur la carte du tendre mais tous les papillons qui ses jettent sur ses feux risquent d’avoir des désillusions car cet être est difficile à retenir, comme si un jour avaient disparu l’affection la plus violente, l’amour le plus pur et que, depuis, il ne récoltait que désillusions, poursuivant sempiternellement son rêve. Un cœur à vif.
« Une élégance d’aristocrate à l’ennui distingué mais ayant connu la souffrance. Sa vision du monde est devenue pessimiste. Il estime certes devoir tout faire pour remonter la pente mais n’est-il pas déjà trop tard pour sauver notre mode de vie ?
« La signature énergique souligne le prénom pour bien indiquer qu’il est lui-même et que l’on existe par ses propres vertus et non par la grâce de l’ascendance. Le point final doublé exprime la méfiance.
« Dominique Baudis ne se révèle aux autres que dans des cas rarissimes comme le montre l’écriture qui atteint rarement la marge de droite et se réfugie en arrière avec une marge de gauche de plus en plus étroite. L’obsession du passé. Une blessure secrète qui a transformé une vie pour la mettre sous les ailes de l’angoisse. Angoisse que l’on essaie d’exorciser par le travail dans lequel on plonge comme pour se noyer. Un esprit qui ne demande qu’à s’ouvrir mais qui ne se débarrasse pas de certaines raideurs. Toujours la chape de la tristesse alors que l’être demande la lumière et les joies, la paix profonde. Vif, étincelant, Dominique Baudis joue admirablement son rôle d’homme dynamique mais il y a du vieilli en lui depuis le jour où quelque chose s’est cassé. Une séparation.
« Personnage attirant, difficile, envahissant, tendu vers l’effort, passionné, rageur. La nostalgie et la tristesse font son siège en permanence. Un ange noir. »
Un ange noir est, bien évidemment, un ange mauvais, autrement dit : un démon.








