Comment la Dépêche du Midi présentait le faux suicide de Valérie Tariote
Publié le 7 septembre 2009 dans Affaire Baudis-Alègre | Aucun commentaire »
Le meurtre de Valérie Tariote est l’un des six crimes dont le tueur Patrice Alègre a été reconnu coupable par la cour d’assises de Haute-Garonne au terme du procès de 2002. Or, l’assassinat sauvage, en 1989, de cette jeune femme de 21 ans, retrouvée mort chez elle, dans le centre de Toulouse, victime de sévices et de violences sexuelles, avait été classé en suicide durant plus de huit ans par le tribunal de grande instance de Toulouse. Sans les aveux passés par Alègre en 1997, ce meurtre n’aurait jamais été reconsidéré par la justice toulousaine, confortée et soutenue en cela par la presse locale. Les deux articles que le journal La Dépêche du Midi a publiés à la suite de la découverte du corps sont, à ce sujet, très instructifs. Ils sont signés Gérard Guillaume.
Toulouse : Meurtre ou suicide
La Dépêche du Midi
28 février 1989
« Valérie, 22 ans, gisait morte sur son lit depuis plusieurs jours. Bâillonnée, les mains liées par un lacet mais sans blessures apparentes. Un mystère que l’autopsie devrait éclaircir aujourd’hui
« Hier soir encore, les enquêteurs de la brigade criminelle de la Sûreté toulousaine se montraient prudents. La découverte macabre faite quelques heures plus tôt dans un petit appartement de la cité Jolimont, au quatrième étage du bâtiment B, ne manque pas, en effet, de mystère…
« Alertés en début d’après-midi par le concierge de cette cité, inquiet de ne pas avoir de nouvelles de cette jeune fille depuis quelques jours, les policiers ont pénétré dans les lieux et trouvé Valérie T. couchée sur son lit, sous les draps, vêtue d’un simple tee-shirt.
« La jeune fille avait les deux mains liées, à la hauteur du ventre, par un lacet de chaussure et le visage posé sur une casserole contenant un liquide rougeâtre d’origine encore indéterminée. Sur sa bouche, un bâillon fait à l’aide d’un foulard.
« Autre constatation des plus mystérieuses : sauf un léger écoulement sanguin nasal, aucune trace de coups n’apparaissait sur le corps de la jeune fille, dont la mort remonterait à plusieurs jours.
Le sac dans le vide-ordures
« Mise en scène suicidaire ou bien meurtre ? L’autopsie, qui sera pratiquée aujourd’hui, devrait éclairer les enquêteurs en butte à d’autres énigmes de taille.
« L’appartement de la jeune fille, qui vivait seule ici depuis un an, était bien fermé à clef, et, qui plus est, mercredi dernier, le concierge, M. Jean Roura, avait fait, dans le local du vide-ordures, au sous-sol une bien étrange découverte.
« « C’était bien mercredi. Dans un container, j’ai trouvé une espèce de sac tyrolien comme ont les jeunes maintenant. Je l’ai ouvert. À l’intérieur, il y avait un sac de femme.
« Dans ce sac, les papiers de la jeune fille. Je suis monté à son appartement, j’ai tapé à la porte, mais personne n’a répondu. Alors, je lui ai mis un mot dans la boîte aux lettres pour lui expliquer tout ça et un autre mot que j’ai glissé sous sa porte. Je n’ai eu aucune nouvelle. Ce matin, j’ai encore essayé de la contacter car le propriétaire de son appartement, qui habite Béziers, devait la voir de toute urgence pour des questions d’assurances à propose de travaux à faire dans l’appartement. N’ayant toujours pas de nouvelles, j’ai téléphoné au propriétaire qui m’a alors conseillé de prévenir la police. J’ai attendu les policiers et nous sommes entrés avec un double des clefs. »
Aucun incident notable
« Ces derniers jours, personne sur ce palier qui distribue d’autres appartements, n’a remarqué de manège suspect ou noté quelque incident bruyant que ce soit.
« De plus, cette jeune fille, d’origine belge mais vivant à Toulouse depuis quatre ans, semblait y mener une vie des plus discrètes.
« Dans cet appartement depuis environ un an, elle travaillait ces derniers temps dans un hôtel proche de la gare Matabiau.
C’est, pour l’heure, tout ce qu’on connaît d’elle. Aujourd’hui, les enquêteurs vont s’employer à la profiler davantage et, résultats d’autopsie et d’analyses à l’appui, essayer de percer ce véritable mystère. S’il s’agit d’un suicide, pourquoi cette mise en scène ? S’il s’agit d’un meurtre, quand, comment, pourquoi et surtout qui ? »
Valérie n’aurait pas été agressée
La dépêche du Midi, rubrique Haute-Garonne, page 14
1er mars 1989
« La découverte macabre faite lundi après-midi, dans un petit appartement situé au quatrième étage du numéro 7 de la place Commerciale de Jolimont reste énigmatique.
« Une jeune fille de 22 ans gisait morte sur son lit depuis quelques jours (la mort remonterait à mercredi dernier), un foulard en forme de bâillon sur la bouche et les mains liées, devant elle, par un lacet. De plus, son visage reposait sur une casserole remplie d’un liquide rougeâtre de consistance indéterminée.
« Hier soir, les inspecteurs de la brigade criminelle de la Sûreté toulousaine continuaient d’observer une prudente discrétion quant aux causes exactes de la mort. Ce qui permet de déduire que la longue autopsie pratiquée hier après-midi ne les a pas aiguillés sur la piste d’une agression ayant laissé quelque trace physique que ce soit. Des coups ou des marques de strangulation par exemple.
« Il faudra donc attendre les résultats des analyses des différents prélèvements effectués hier pour savoir si Valérie, dont on a appris, par ailleurs, qu’elle était fragile au plan psychologique, n’aurait pas elle-même mis fin à ses jours en ingérant des produits médicamenteux ou toxiques.
« Si c’est le cas, la seule énigme résidera alors dans l’étrange décorum de cette mort. Une macabre mise en scène, follement imaginée au terme d’un pesant huis clos avec soi-même, peut-être pour brouiller les pistes sur une mort qu’on a eu tant de mal ou de honte à se donner.
« Pour ce qui du sac abandonné dans le local du vide-ordures et retrouvé mercredi matin par le concierge de la cité, on pourrait imaginer, là encore, qu’il s’agit de la part de la victime d’une première démarche suicidaire. D’un premier pas irrémédiable vers la perte d’identité. »
La découverte du sac à main avait pourtant un caractère insolite, ainsi qu’en témoignent les derniers avocats d’Alègre, Gilbert Collard et Édouard Martial, dans L’Étrange Affaire Alègre, page 28 :
« Pour une fois, le concierge avait joué son rôle de concierge, ce qui est de plus en plus rare, faute d’abord de concierge, ensuite de conscience professionnelle rapporteuse. Il s’étonna de trouver dans le local à poubelles un sac à dos mauve sur un tas d’ordures. Ce qu’il découvrit dans le sac l’effraya : un trousseau de clés, une lampe de chevet au cordon électrique taché de sang, un cendrier, un verre, des cotons de démaquillage ensanglantés, une chaussure. Ce dernier objet, surtout, l’intrigua : une chaussure, seule, c’est toujours mauvais signe. »
De fait, quelques jours avant son assassinat, Valérie Tariote avait confié à sa famille se sentir menacée. Michel Roussel rapporte ce témoignage dans son ouvrage Homicide 31, page 57 :
« Sans doute Patrice Alègre l’a-t-il effectivement connue au café de la gare. J’ignore quelle a été la nature de leurs relations. Le tueur a vraisemblablement repéré l’appartement de Valérie, le jour où la jeune femme s’est aperçue que son domicile avait été visité. Il a préparé son arrivée et il est ensuite venu pour la tuer. Pour le plaisir. Peut-être aussi sur commande, l’hypothèse ne peut être exclue. Car un élément jette le trouble quant aux raisons de la mort de Valérie : une conversation téléphonique de la jeune femme avec sa tante, quelques jours avant sa mort. Elle semblait très nerveuse et a dit qu’elle avait peur, qu’elle se sentait menacée parce qu’elle avait mis les pieds là où elle n’aurait pas dû. Cet échange téléphonique ne m’a pas été rapporté par la tante de Valérie. Elle s’est confiée à plusieurs journalistes. Cette conversation ouvre d’autres perspectives effrayantes. Patrice Alègre aurait, selon les psychiatres qui l’ont expertisé, l’impérieux besoin de tuer pour exister. Il fréquente le milieu de la nuit. A-t-il été utilisé par d’autres ? Fallait-il faire taire Valérie Tariote ? Et si oui, pourquoi ? »












